Deux histoires de Ramadan qui ont eu lieu dans mon village de Dama, détruit et toujours occupé par les troupes du nouveau pouvoir syrien.
La première se déroule dans les années 50. Un instituteur originaire de Homs a été nommé dans la petite école du village. Il est venu pour un an et s’est installé sans sa famille. Durant le mois de Ramadan, les habitants du village, tous druzes, savaient qu’il jeûnait. Chaque jour, au coucher du soleil, ils lui envoyaient des plats. Mon père faisait partie des enfants qui lui apportaient de quoi rompre le jeûne.
Très reconnaissant, l’instituteur a expliqué qu’il recevait trop de nourriture. Un tour de rôle a alors été organisé entre les habitants pour lui livrer les repas.
La deuxième histoire se déroule au début des années 70. Mon père, en sortie de chasse avec un ami du village, s’était rendu à l’ouest du village durant le mois de Ramadan. C’était la région où s’installaient des Bédouins au gré des saisons avec leurs troupeaux. Ils vivaient sous des tentes, mais l’un d’entre eux, de la famille Bakar, avait construit une petite maison, la première d’un futur hameau.
Mon père et son ami décidèrent de s’arrêter pour saluer la famille Bakar, qu’ils connaissaient. Quelques instants après leur arrivée, un plateau de nourriture leur fut servi. Les deux chasseurs étaient très gênés, d’autant plus que leurs hôtes faisaient le Ramadan. C’est alors que le chef de famille leur dit en souriant :
« Nourrir des personnes qui ne jeûnent pas pendant le Ramadan bonifie notre jeûne… »
C'était un autre temps, celui de la tolérance et de la bienveillance